#JEUDICULTURE: Tisserand

L'on se souvient de ses hommes avec leur installation de métiers à tisser dans les rues de notre pays. Mais ce métier semble disparaître de nos jours avalé par la modernité. C'est en tout cas l'impression que cela donne à un bon nombre de malien que nous avons eu à approcher. #Jeudiculture, #Jedisculture

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Pièce du Musée national du Mali

Le Tissage au Mali

Le tissage, un vieux métier dont le pratiquant est le tisserand, est menacé de disparition au Mali. Si l’on remonte aussi loin que possible, nous verrons que ces pionniers du tissage ont de tout le temps habillé nos différentes communautés par leurs merveilles. Chaque cosmogonie du Mali exprime ses rites et traditions. De la naissance à la mort, une toile spécifie les étapes majeures de célébration de l’Homme. Le coton tissé habille les hommes du Sahel depuis Ouagadou. Le Musée National, dans son pavillon Textiles du Mali, garde les traces à travers les fragments de Chapeau de Tellem, au XIe siècle. Pourquoi le coton? Terre agricole les paysans cultivent le coton depuis le moyen âge, partie intégrante des échanges commerciaux entre le nord et le sud: de sel, de tissus et d’or. Il est à noter que le filage constituant un pendant de la chaîne faisait partie des activités ludiques de nos grands-mères, au soir venu, au bord du feu lors les soirées de contes ou en assemblée avec leurs enfants et petits-enfants. Au delà de l’aspect matériel se trouve celui métaphorique où tous les humains sont les falé et guessé des uns et des autres. l’aiguille et les fils tissant les liens.

Ces habits appelés GUESSE, magnifiaient le quotidien de nos ancêtres, peu importe la classe sociale. Passé au corps de métier, délégué à une couche sociale qui devenaient extrêmement importante. Aujourd’hui avec l’avènement et la vulgarisation de la technologie, le tissage artisanal se meurt au profit de l’industriel. Le métier complexe dans sa nature implique plusieurs tâches et corps. De celui qui assemble les fils crus, servant de palettes de toile, à la teinture: à l’indigo, Bogolan ou bassilan, enfin au designer.

L’arrivée de l’industrie

La modernité galopante déroute les consommateurs qui économisent plusieurs étapes du fait main. Ainsi disparaît une technique, une manière d’être culturellement, faisant oublier, l’essence même de l’historicité de ces étoffes, qui représentent un socle cosmogonique. Des tuniques des chasseurs aux parures de mariages, également les draps, jusqu’au linceul, tout motif a attrait aux signes de communications et de préservations des cultures endogènes. La clientèle se faisant rare, la tradition de transmission s’estompe avec des technologies ancestrales. L’engouement pour le coton malien, aujourd’hui préservé par les efforts du Centre Domo et Soro Blen de Ségou spécifiquement basé sur le Bogolan ne suffise pas à équilibrer. Les stylistes du Mali, ambassadeurs du coton activent de leur côté pour préserver. Hélas, il n’y a que deux segments de la chaîne de valoriser. Almamy Sango, un vieux tisserand de Medina-Coura Bamako nous a confié son désarroi :  » nous déplorons toujours le peu d’engouement pour les toiles tissées, il y a de l’innovation. Les nouveaux designs trouvent des nouveaux adeptes. Malgré tout, nous arrivons à vendre. Quelques sites résistent. L’Afrique doit sa grande richesse culturelle à son textile, qui nous dit beaucoup sur nous ». Il existe aujourd’hui le Centre Artisanal de Transformation du Coton, CDAT avec ses efforts innovent et proposent autour du Mali Fini.

Le regain des jeunes pour le made in Mali pourrait être l’alibi favorable à la renaissance des métiers de tissage avec la création d’usine et la mise en place d’une formation formelle aux métiers du tissage. En attendant vous pourrez apprendre l’histoire du textile malien au Musée National.

Fama Mademba Sacko