Les chefs-d’œuvre sont comme tout le monde : ils vieillissent. Enseveli sous des décennies de célébration internationale tous azimuts, A bout de souffle, entrée en cinéma fracassante du jeune Jean-Luc Godard, pas tout à fait 30 ans lorsqu’il tourne le film, avait peut-être besoin que quelqu’un souffle, justement, sur la poussière accumulée. L’Américain Richard Linklater s’est lancé ce challenge, sans parler un mot de français, mais avec une érudition qui impressionne et plaide pour une profonde et ancienne passion de ce moment cinéphilique, critique et esthétique de la fin des années 50 où, comme nous l’apprendra un carton, plus de 150 jeunes cinéastes ont pu réaliser leur premier film en surfant sur cette fameuse Nouvelle Vague. Si les personnages (Godard, Belmondo, Jean Seberg en tête…) ne s’expriment quasiment qu’en citations – d’ailleurs souvent anachroniques, tirées pêle-mêle d’articles, de choses dites, de légendes urbaines –, ils relèvent l’exploit d’avoir toujours l’air d’improviser, de dire les choses qui leur passent par la tête, pour la première fois.