Acquisition de deux précieuses statues Gwandusu, Musée National du Mali

Dans le meilleur des mondes, les antiquaires et les musées ne se croisent pas, le plus grand antiquaire du Mali offre contre toute attente : deux magnifiques pièces du 19e siècle, originaires du Baniko, cercle de Dioila. Un généreux don de Monsieur Amadou Diabaté dit Makodja.

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Dans la pièce blanche du Musée National du Mali, sur un strapontin, blanc, sont posées deux magnifiques statues Bamanan. Un couple de bois, portant chacun, une gourde et l’homme une arme à la main. De prime abord ce qui semble un détournement de regard d’une femme capricieuse, s’illustre aux yeux de l’observateur, une scène de guet d’un homme et d’une femme. Celle-ci portant son bien le plus précieux, son enfant. On remarque sur ces bois des nervures, de veines comme les citatrices d’une peau. L’œil intrigué se pose également sur le bracelet que porte Gwandusu en haut du bras droit, parure ou de protection (?), soutenant son enfant. 

Plus qu’un objet, une histoire, une identité

Les ancêtres auront voulu dans ce jeu de regard tourné du même côté, comme si pour arriver à une harmonie des âmes, Gwantigui et Gwandoussou doivent porter l’attention dans la même direction. Une symbolique, de la même vision, d’un seul idéal, celui de défendre sa tour. La question du pourquoi Gwandoussou est armée de son enfant tandis que Gwantigui porte une arme réelle, transperce l’esprit. Énigme dont seuls les ancêtres, du Baniko pourraient avec certitude, détenir la réponse. 

Le Gwan naît du culte des techniques de réduction du fer par le feu. Et le maître incontesté du feu, du bois et du fer, par ricochet le secret des armes, à l’image de Soumangourou (Diarisso) Kanté, est le « noumoun » forgeron, dont le rôle dans la stratification des sociétés traditionnelles du Mali se trouve la maîtrise de ce savoir-faire. Force au Noumoun. Les bambaras du Baniko intègre d’office à leur Jo (yirimogoni= petit bois d’ humain). Le Gwanso désignant le haut fourneau, la phase de fonte et de transformation du fer, très périlleuse pour le noumoun, dompter le fer et le feu en même, le feu par le feu, quelle délicate geste. La technologie du feu ne s’acquiert que par une série d’opérations accompagnée de rites gestuels ou sacrificiels. Un secret tenu des ancêtres et des Dieux bamabaras, qu’aucun profane ne pourrait percé. Au sacré, le sacré, ainsi va le monde des ancêtres.

Remarquable production artistique

Les rites et cultes du Jo constituent une remarquable production artistique et variée. La collection de certaines communautés, riche en sculptures Bamanans du Jo et du Gwan, est la bibliothèque des histoires de ces peuples. Quand on parle de sculptures bamanans il faut y entendre la somme de traits distinctifs et représentatifs, identitaires appartenant à une aire culturelle distincte. 

Gwandusu est la statuette de la fécondité, on y confie son désir d’enfant, une fois le vœu exaucé, l’enfant qui en naîtra portera un des prénoms Gwan : Gwandusu pour une fille, d’où le prénom Doussou, et Gwatigui ou Gwakê (cela dépend des régions). La belle Doussou (Dusu) ou son Gwatigui se découvrent à leurs admirateurs, torses fiers en forme de cylindre, de larges épaules et des têtes ovoïdes, serties d’une coiffe de longues tresses, pour les femmes, plus amples et plus allongées, pointues. 

Expression de valeurs morales, police morale

Outre les dimensions techniques, cultuelles et rituelles, les valeurs de probité, de dignité, de sincérité, de vérités, pactes sociaux bâtis sur les normes sociales et juridiques (justices communautaires). Le Jo est la police de la communauté, garant des pactes de bonnes conduites, le redresseur des torts. Une personne de mauvaises conduites ne pu l’approcher. 

Le Jo ou Yirimogoni représente nettement des objets, signes, seings typiques, identitaires d’un bassin, il porte la mémoire d’un peuple, de surcroit de transmettre un patrimoine tangible. Pour le donateur ce n’est que le retour d’un patrimoine qui rentre à la maison, au Musée National, la maison des cultures du Mali. 

Amadou Diabaté Makodja, Ali Daou UNESCO, Madame Kadiatou Konaré

Dia Sacko