Partout sur la bande côtière et sur le chapelet d’îles de la mer des Caraïbes, ou de Rio à l’Alabama, là où pousse la canne à sucre, la colonisation a amené une implantation humaine d’origine africaine. Aussi les Antilles françaises, qui comptent près de 600 000 habitants aux métissages multiples et se situent dans la zone d’influence américaine, sont-elles particulièrement sensibles à ce qui se passe aux Etats-Unis. C’est qu’en de nombreux domaines l’Antillais se sent solidaire du Noir américain. Le poids d’un même passé esclavagiste est encore trop lourd. Une cristallisation s’est même opérée, les Noirs se retrouvant généralement dans les professions agricoles et les métiers subalternes, les mulâtres recherchant plutôt les professions libérales, le moyen négoce, l’administration ou les postes d’employés sans qu’il s’agisse là d’un compartimentage rigoureux. Dans les campagnes, où elle reste à l’écart, la population noire est encore trop imprégnée du passé, dont elle a conservé toutes les traditions, pour s’accommoder aisément du progrès imposé.