Les contes de tradition orale sont destinés à être dits et la manière de les dire importe beaucoup.
Je me suis aperçu qu'ils les lisaient mal, au lieu de les lire comme il convient, ou, mieux encore, de les dire après s'être bien pénétré de l'histoire.
On ne fait goûter que ce qu'on goûte soi-même, et cela dans tous les domaines.
Ma femme conte bien.
Et je n'ai jamais vu encore un enfant qui n'ait pas été captivé par sa façon de dire l'histoire du « Chat qui s'en va tout seul », dont elle sait un certain nombre de passages par cœur.
Une première constatation : tous les enfants aiment les contes populaires.
Je ne connais pas d'exception; comme éducateur, j'en ai dit à des enfants de tout âge, à des élèves de cours d'adultes, et toujours les contes ont eu le même succès, qu'il s'agisse de contes merveilleux, de nouvelles ou de contes facétieux.
Quelquefois, il est vrai, j'ai trouvé des maîtres qui me déclaraient que leurs élèves n'aimaient pas les contes ;
Je ne dis pas particulièrement bien les contes, mais chaque fois les enfants étaient ravis, certains m'adressaient ensuite leurs parents qui me faisaient part de l'enthousiasme de leurs rejetons ; et des moniteurs et maîtres m'ont dit : « Je me rends compte maintenant de la façon dont il faut dire les contes ».
La manière de dire, il est vrai, compte beaucoup pour les contes littéraires également.
J'ai connu bien des maîtres et bien des enfants qui ne goûtaient pas les Histoires comme ça de Kipling à la lecture.
Je sais bien que ce n'est pas une raison suffisante pour leur en dire : ils aiment aussi les journaux illustrés dont certains sont pernicieux comme le public aime souvent les mauvais films, la musique médiocre, les chromos, etc.