La pratique de la cuisine au profit d’autrui, qu’il soit un hôte payant ou non, obéit à tous les principes des métiers artistiques : des créateurs combinent des produits, selon leur inspiration, pour en faire des œuvres uniques. Au lieu de les nommer peintres, sculpteurs, écrivains, musiciens, ou performeurs, on les nomme cuisiniers. Bien sûr, leurs œuvres sont d’un genre particulier : à la différence des tableaux ou des sculptures, elles sont éphémères ; on ne peut ni les revendre ni les stocker ni les louer, ni les mettre à disposition d’un vaste public. Elles sont exclusives ne peuvent être appréciées que par ceux qui les détruisent en les consommant. Enfin, à la différence des autres arts, la gastronomie dérive de l’exercice d’une fonction vitale de l’homme, qui ne peut vivre sans manger. Comme dans toutes les autres activités artistiques, ces artistes se regroupent en écoles et obéissent parfois à des modes. Celles des autres activités artistiques qui s’en rapprochent le plus sont celles de la musique, de la danse, du théâtre, de la performance, du spectacle vivant. Les directions dans lesquelles évolue cet art disent beaucoup du monde : il voudra de plus en plus mettre en valeur, dans tous les pays, une cuisine qui alliera la gourmandise à la santé ; le local et l’universel ; une cuisine sans doute bio et végétarienne, qui saura tout dire des produits qu’elle utilise et des lieux d’où ils viennent ; une cuisine qui, comme bien d’autres arts, mêlera science et création, nature et artefact.